Annette BECKER
(Paris-Nanterre)
Du génocide à la comparaison des génocides
« Les mots peuvent être comme de minuscules doses d'arsenic : on les avale sans y prendre garde, ils semblent ne faire aucun effet, et voilà qu'après quelque temps l'effet toxique s'en fait sentir » Viktor Klemperer.
« Il y a une interrogation primordiale qui doit porter sur la valeur même des mots que nous prononçons. Il s’agit de savoir si notre langage est mensonge ou vérité.» C’est ainsi qu’Albert Camus se demande en 1944, en partant de la pensée de son ami linguiste Brice Parain si " Le langage n’expose pas, pour finir, la solitude définitive de l’homme dans un monde muet. (…) L'idée profonde de Parain est une idée d'honnêteté : la critique du langage ne peut éluder ce fait que nos paroles nous engagent et que nous devons leur être fidèles. Mal nommer un objet, c'est ajouter au malheur de ce monde. 1944, c’est aussi l’année de la première publication du mot génocide par Raphaël Lemkin qui l’avait mûri depuis les années vingt et trente quand il s’était fait simultanément « avertisseur d’incendie » et théoricien de ses racines. Il est alors entré en militant - soldat d’une cause au sens étymologique - dans le débat qui n’a pas cessé depuis l’invention de son concept. Réfugié aux États-Unis début 1941, Lemkin y a sans doute entendu le discours de Winston Churchill sur les assassinats de masse commis par les nazis ayant attaqué l’Union soviétique en juin : « Nous sommes en présence d’un crime qui n’a pas de nom. » Lemkin a donné un nom à ce crime, génocide. En mêlant une racine grecque pour le collectif visé, genos, peuple, ethnie ou lignée, à un verbe latin, occidere, tuer, l’excellent linguiste a sciemment construit un monstre sémantique, un barbarisme, pour exprimer la barbarie des barbaries qu’il nommait « le crime des crimes ». Car pour lui, le pluriel a été toujours évident. S’il crée le mot génocide en pleine Deuxième Guerre mondiale il est persuadé aussi, en universaliste, qu’il ne peut réfléchir qu’au nom de toute l’histoire de l’humanité. Il avait d’ailleurs créé pour la Société Des Nations en 1933 les deux expressions de « crimes de barbarie » et « crime de vandalisme », à partir de ses réflexions pionnières sur les atteintes contre les civils de la Grande Guerre et du difficile règlement du conflit, en particulier dans l’ex-Empire ottoman où s’était déroulée ce qu’on appelait alors l’« annihilation » ou l’« extermination » des Arméniens.
Bien que Lemkin n’ait pas réussi à faire rentrer le nouveau concept plus que dans les attendus du procès de Nuremberg, il l’a alors fait circuler internationalement pour la première fois.
Or, 1945 marquait aussi le trentième anniversaire de l’extermination des Arméniens : « Les souffrances des hommes, des femmes et des enfants arméniens jetés dans l’Euphrate ou massacrés sur le chemin de Der-el-Zor ont préparé la route vers l’adoption de la convention de génocide par les Nations unies […] Un million d’Arméniens sont morts, mais une loi contre le meurtre des peuples a été écrite avec l’encre de leur sang et l’esprit de leur calvaire. »
Chavarch Missakian, survivant des premières déportations du 24 avril 1915 et directeur du quotidien arménien de Paris Haratch,introduit le premier le mot génocide en France dans son éditorial du 9 décembre 1945 : « Nous suivons le procès de Nuremberg et notre esprit nous tire vers un monde lointain, où s’est commis il y a trente ans un crime de la même espèce… […] Le monde s’est-il amélioré, d’Istanbul, de Malte et jusqu’à Nuremberg, Berlin ou Auschwitz ? Si seulement pouvaient être jugées et punies ces hyènes du génocide ! Mais où donc était inaugurée la première leçon “exemplaire” du génocide des temps nouveaux ? » Missakian adopte immédiatement génocide, en créant le néologisme Tséghasbanoutyoun en arménien. Un mot avait tant manqué aux Arméniens depuis 1915 : « Désastre ? Massacre ? Cela, c’était hier ! Il fallait que naquît un génie pour concevoir cette forme d’extermination et pour la transmettre à des barbares. Un autre génie est maintenant nécessaire pour trouver le mot révélant le fait accompli. Aucune des langues modernes ne possède ce mot. […] Les mots courants paraissent risibles pour caractériser cette catastrophe. “Massacre”, “tuerie”, “guerre”, sont des mots innocents. » Il aurait pu rajouter cruauté, torture, viol. Missakian comprend parfaitement que c’est au cœur du vocabulaire de la catastrophe que se niche et sa compréhension et sa négation.
Lemkin a regroupé à la fin de sa vie en trois modus operandi la totalisation de la haine exterminatrice : le génocide physique, la mort ; le génocide biologique, la cruauté particulière exercée contre les femmes et les enfants, pour que le groupe s’éteigne, que la filiation soit impossible, et le génocide culturel, qui n’ont pas forcément été repris dans la Convention de 1948 sur la « prévention et le crime de génocide.» Ceci explique pourquoi les juristes, proches des textes, sont moins enclins à utiliser le concept que d’autres spécialistes de sciences sociales, voire les publicistes de tous styles et le grand public qui en font quelquefois un bouclier ou un argument politique. L’actualité des génocides nous rattrape tous les jours, aussi est-il important de donner quelques réflexions sur les racines de leur conceptualisation et sur la façon dont elles nous expliquent comment on peut basculer dans des sociétés génocidaires. Car les génocides sont distincts des guerres, massacres, et autres atteintes aux êtres humains. L’humiliation et la cruauté ne sont pas des moyens d’obtenir une victoire sur un ennemi mais une fin en soi : l’éradication d’une partie de l’humanité.
Or, même si les bourreaux n’ont aucune morale, ils savent bien qu’ils transgressent. C’est pour cela qu’ils déshumanisent, animalisent et réifient leurs proies, et, bien plus, se présentent eux-mêmes, en un effet miroir, en victimes de ces dernières, qui seraient les véritables génocidaires. Les Turcs ottomans, les nazis, les Khmers rouges, les Serbes de Bosnie, les Hutu du Rwanda, ont été des spécialistes en ce domaine. Nous verrons comment leurs cartes mentales ont été forgées, dans des guerres réelles ou fantasmées, puis comment « l’ennemi » a été déshumanisé jusqu’à faire basculer dans un racisme apocalyptique des sociétés entières.
Guerre, propagande, génocide : forger des cartes mentales
Dès l’automne 1942, George Orwell avait réfléchi à l’un des paradoxes des cruautés et atrocités des guerres : elles sont toujours dénoncées comme celles de l’autre camp et guère analysées pour elles-mêmes, quand elles ne sont pas niées comme ce fut le cas après la Grande Guerre. « Tout se passe comme si la vérité devenait mensonge dès qu’elle sort de la bouche de votre ennemi. » Mais, s’offusque l’écrivain engagé, « le pire n’est pas à propos des atrocités, les mensonges dont elles sont l’objet à des fins de propagande. Le pire est qu’elles existent. […] Ces choses ont réellement eu lieu, voilà ce qu’il ne faut pas oublier. »
Depuis le premier génocide du XX° siècle, celui des Hereros et des Namas par les Allemands, jusqu’au dernier, celui des Tutsi du Rwanda, la situation de guerre a toujours été présente. Guerre extérieure, guerre coloniale, guerre civile, ou invention pure et simple d’un ennemi de l’intérieur. Car toute guerre est perçue et menée d’abord contre l’ennemi intérieur, qui n’est bien évidemment qu’un traitre au service de l’extérieur.
Les destructeurs nient leurs violences criminelles au nom de l’éthique supérieure de leur combat ; les discours d’Himmler à propos des Juifs sont paradigmatiques de cette monstruosité assumée de la décision capitale, « faire disparaître ce peuple de la terre ». Il y développe aussi l’argument contradictoire de l’héroïsme merveilleux de s’en prendre aux « traitres » et de la nécessité du secret, un autre mot pour mensonge et déni: « Il a fallu prendre la grave décision de faire disparaître ce peuple de la terre. Ce fut pour l’organisation qui dut accomplir cette tâche la chose la plus dure qu’elle ait connue. […] Nous ne voulons pas à la fin, parce que nous avons exterminé un bacille, être infecté par ce bacille et en mourir. Je ne resterai pas là à observer passivement tant que la moindre tache pourrie se développe ou tient bon. Quelle que soit la forme qu'elle emprunte, nous devons ensemble la brûler. De toute façon, nous pouvons dire que nous avons réalisé cette mission des plus difficiles, animés par l'amour pour notre peuple. Et ni notre être, ni notre âme, ni notre caractère n'en ont été atteints. »
Dans les guerres contre des ennemis réels ou inventés les atrocités existent, mais comment les différencier, les classer, les nommer ? Jan Karski a tenté de transmettre ce qu’il avait appris lors de sa rencontre avec des résistants juifs du ghetto de Varsovie en 1942 : « Pour nous c’était la guerre et l’occupation, pour eux c’était la fin d’un monde. » Le philosophe Vladimir Jankélévitch s’exprimera tout aussi clairement : « L’invasion militaire et l’extermination des Juifs sont deux entreprises distinctes, et ces deux entreprises ne se recouvrent que partiellement, et elles vont à la rigueur l’une sans l’autre. »
Pourtant, à Nuremberg, « les crimes contre l’humanité » ont été liés à la guerre, dans la logique d’un tribunal militaire qui les a ajoutés aux « crimes de guerre » et aux « crimes contre la paix ». Et le terme de génocide, qui y a pourtant circulé, n’a pas été reconnu juridiquement.
Dès 1921, Marc Bloch avait pourtant transformé les « fausses nouvelles » en objet historique en réfléchissant à l’un des plus énigmatiques épisode de la guerre, celui de l’exagération, de la distorsion puis du déni des atrocités allemandes de la Grande Guerre sur le front occidental, en Belgique et en France du Nord et de l’Est :
« Du moment où l’erreur avait fait couler le sang, elle se trouvait définitivement établie. […] Encore aujourd’hui, l’Allemagne dans sa masse est probablement persuadée que ses soldats en grand nombre sont tombés victimes des guets apens belges […]. On croit aisément ce que l’on a besoin de croire. Une légende qui a inspiré des actes retentissants et surtout des actions cruelles est bien près d’être indestructible. […] Une fausse nouvelle naît toujours de représentations collectives qui préexistent à sa naissance ; elle n’est fortuite qu’en apparence […]. La fausse nouvelle est le miroir où la « conscience collective » contemple ses propres traits . »
Bloch avait raison : les atrocités (sans guillemets), perpétrées à cause de la peur des Allemands de soi-disant francs-tireurs, se sont transformées dès 1914 avec la création de plusieurs mythes chez les civils belges et français du Nord ou/et les combattants, le principal étant celui des mains coupées des enfants, et celui moins universellement répandu des ennemis crucifiés. Exagérations, déformations, rumeurs ont pris la place des atrocités réelles, civil.es devenu.e.s boucliers humains, violé.es, fusillé.es comme otages et aussi par honte, par dégoût d’être appelés « Boches du Nord » par les Français qui avaient eu la chance de ne pas avoir été envahis et occupés. Par la suite, on a oublié les vraies atrocités contre les civils – qui semblaient minimes face aux drames des combattants en uniforme – et les mythes furent instrumentalisés puisqu’ils servaient si bien la propagande anti allemande. Les mots et les images, dont des caricatures particulièrement féroces niant la réalité ou la transformant par « bourrage de crâne » ont pris toute la place. On ne voyait que ce que l’on voulait voir, si même on le voyait .
Une sémiotique des génocides : langues et nov-langues
Ces campagnes de propagande et de contre-propagande ont été prolongées après la Première Guerre mondiale, en particulier en Allemagne. Hitler était persuadé que les Britanniques s’étaient révélés fort supérieurs en matière de désinformation entre 1914 et 1918 : « Ce qui indiquait la brillante connaissance de l’ennemi de la psychologie des foules, c’est sa propagande d’atrocités, […] laquelle assurait d’une façon aussi décisive que géniale les conditions premières pour maintenir le moral sur le front. » Non seulement, disait Hitler, le moral des Britanniques avait été galvanisé par leur excellente propagande, mais encore ils avaient même fini par convaincre les Allemands de la réalité de leurs assertions. Ainsi la Greuelpropaganda, ou « propagande sur les atrocités » de la Grande Guerre avait permis aux ennemis de l’extérieur et à leurs complices de l’intérieur (socialistes et surtout Juifs) d’aiguiser leurs poignards pour frapper l’Allemagne dans le dos. Cette certitude de l’addition des comploteurs extérieurs et intérieurs rôdée pendant et après la guerre, allait se retrouver dès 1933 au cœur du nazisme et donc de l’obsession anti juive. Le génial linguiste Viktor Klemperer l’a brillamment observé, les mêmes mots, les mêmes mythes, les mêmes débats réapparaissent : « Les Juifs français, anglais et américains sont appelés aujourd’hui à tout bout de champ les « Juifs universels » (Weltjuden) […] Les « Juifs universels » ne se trouvent donc plus qu’à l’extérieur de l’Allemagne ? Et où se trouvent-ils à l’intérieur de l’Allemagne ? Les « Juifs universels » font de la propagande en diffusant des « atrocités » (Greuelpropaganda) et répandent des « atrocités inventées » (Greuelmärchen), et quand nous ici nous racontons le moins du monde ce qui se passe quotidiennement, c’est nous qui faisons de la Greuelpropaganda et sommes punis pour cela.
L’extermination des Arméniens (aujourd’hui génocide) n’a pas échappé au phénomène. L’historien Taner Akçam a démontré de façon magistrale comment les administrateurs ottomans et leurs successeurs turcs ont créé une pathologie du faux, d’obstruction, de dépôt de fausses archives, en un négationnisme d’État qui s’est prolongé jusqu’à aujourd’hui. Akçam a pratiqué une génétique des textes et de leur supports, encre, crayons et papiers lignés, une traque de leur encodage puis de leurs déplacements à travers le temps et l’espace via ceux qui les ont rédigés, envoyés, transportés, volés, vendus, photographiés, recopiés, mémorisés. Non seulement certains des documents sont de vrais faux, mais le vocabulaire choisi est fait d’euphémismes et de dénis pour forger le « récit alternatif » des bourreaux : on ne déporte pas, on « réinstalle », on « envoie ». On ne viole pas, ce sont les femmes qui « sont victimes de lubricité ».
Les crimes des Khmers rouges n’ont été reconnus – et encore partiellement – comme génocide par le tribunal pénal international pour le Cambodge que le 16 novembre 2018, quarante ans après les faits. Pourtant il y a bien eu dans ce pays, entre 1975 et 1978, superposition de deux extrémismes, le communisme exterminant ses propres enfants et la violence de masse contre tout un peuple. Les tueurs ont été des professionnels de la nov-langue, dans la caractérisation de leurs « ennemis » méprisés comme traitres jusqu’à la mort pour leur déviation d’une ligne aussi assurée qu’incompréhensible. « Même aux bébés qui viennent de naître ils leur ont donné l’idée de prendre la terre des Cambodgiens » argumentaient-ils contre la minorité des « Yuons », surnom péjoratif des Vietnamiens, « sauvages » ou « barbares » ; en quelque sorte les « Youpins » des Khmers rouges.
Le cas du Rwanda est sinistrement similaire : en Kiynarwanda, une formule était très utilisée par la propagande de type génocidaire avant et pendant 1994 : « Ibimenyetso simusiga » : « il y a de « tangibles évidences » que… les Tutsi sont des traitres, etc… » Ces « tangibles évidences » ont alors justifié discriminations, marginalisation, puis annihilation, génocide. On ne peut plus le dire aujourd’hui, car la formule signe immédiatement chez le locuteur une idéologie génocidaire.
Ainsi, l’écran dissimulateur du langage a fait intrinsèquement partie des génocides, de leur conception à leur mise en œuvre et à leur mémoire niée ou détournée, avec des variantes sémantiques. Anne Rasmussen l’a parfaitement exprimé : « La question si souvent entendue “pourquoi se sont-ils entretués ?” – question révoltante dans le principe de symétrie qui en est le présupposé – traduit l’incapacité commune à rendre l’événement intelligible . »
Cruauté : animalisation, réification, déshumanisation
Ce ne sont pas seulement les mots qui changent de sens ; pour les locuteurs, les cibles à exterminer sont chassées comme des animaux, déshumanisés pour être mieux assassinables. C’est ainsi qu’une partie importante de la forgerie consiste en l’animalisation, en particulier vers des insectes, des rats, des serpents, détestés de la plupart des populations humaines, ce qui autorise tout. Le nuisible, le virus, le bacille, le rat, le cafard : le singulier de péjoration est toujours utilisé contre l’« ennemi » de l’intérieur dont la qualité ontologique d’humain est niée. Reste à le « mettre à l’écart », euphémisme des meurtriers.
Dans tous les génocides on retrouve la même animalisation du peuple-cible, avec plus ou moins de scientificité exterminatrice : pour les Nazi, aux recherches scientifiques si abouties et persuadés de la « dégénérescence » intrinsèque ce ceux qu’ils haïssent, les Juifs sont plutôt les bacilles qui risquent de détruire biologiquement le peuple allemand; cela ne les empêche pas d’être aussi des rats, en une mise en abyme des porteurs de maladies.
Quelles qu’aient été les violences de guerre commises contre toutes les populations civiles européennes entre 1939 et 1945, la destruction des Juifs a relevé d’une autre nature, d’une haine ontologique qui a autorisé les nazis à exterminer puisque le fait même que les Juifs existassent polluait leur ordre, leur sens de la hiérarchie et de l’« hygiène raciale ». Il n’y avait aucune place pour les Juifs dans l’entreprise de colonisation d’un espace vital, ils devaient donc disparaître, après que certains aient été épuisés au travail forcé. Himmler de nouveau : « La question des Juifs sera réglée d’ici à la fin de l’année dans les territoires occupés par nous. (…) Il en va de l’antisémitisme comme de l’épouillage. Détruire les poux ne relève pas d’une conception du monde. C’est une question de propreté qui sera bientôt réglée. Nous n’aurons bientôt plus de poux. (…) Après l’Allemagne sera débarrassée. »
Les caricaturistes qui aiment souvent dessiner les animaux se sont emparés du thème depuis longtemps, y compris pour dénoncer le pire de cette animalisation . Ainsi, en 2015, le caricaturiste Chapatte signait au moment du centenaire du génocide des Arméniens un remarquable dessin anti-négationniste titré, « Empire Ottoman 1915 » : hommes, femmes et enfants grimpent dans l’un des wagons destinés au transport des moutons, en trois étages serrés qui interdisent aux adultes de se tenir debout qui étaient alors utilisés pour les déportations à travers l’Anatolie. Puisqu’ils n’étaient que des animaux, autant les transporter comme tels. Ailleurs, quand les Arméniens étaient déportés à pied, leurs gardes faisaient parfois une pause pour assassiner les plus faibles. Ces lieux de massacre ont été appelés « sites-abattoirs. »
Et c’est là que le génie de Chapatte frappe, liant animalisation et négation du crime : devant le drapeau turc, un garde crie aux victimes « Rassurez-vous, le mot “génocide” n’existe pas encore. »
Au Rwanda, dès l’indépendance, la propagande hutue a prospéré dans les caricatures des journaux tel Kangura, bien relayée par la « Radio Télévision Libre des 1000 collines. » « Le peuple est infesté du FPR. (…) Les cafards pullulent dans notre pays. » Pour les Hutus fanatiques, le Front Patriotique Rwandais est formé d’une « armée de cafards » quand il s’agit des Tutsi chassés du pays par les pogroms par vagues successives depuis 1959 qui veulent revenir chez eux. Pire, les Tutsi de l’intérieur sont leurs alliés ; ces « Inyenzi », cafards (ou parfois petits serpents) capables de se glisser partout sont le symbole de la traitrise parfaite, à l’interne. L’historien Jean-Pierre Chrétien a bien repéré que dans la formule Inyenzi-Ntutsi, le tiret prouve que le cafard est le tutsi par construction, le tout dans le singulier de péjoration.
Léon Mugesera, universitaire rwandais militant du Hutu Power, dès 1992 : « Nous, le peuple, sommes obligés de prendre nos responsabilités et de nous débarrasser ce cette racaille. (…) Mort aux cafards. (…) Qu’attendons-nous pour exécuter la sentence ? Qu’attendons-nous pour décimer leurs familles ? (…) Détruisez-les, et rappelez-vous que toute personne que vous épargnerez ne sauverait pas l’un des vôtres. »
L’archéologie donne des preuves, s’il en fallait, de cette cruauté dans la réification. Ainsi, lors de l’ouverture des fosses où l’on avait jeté les corps, à Kinazi au Rwanda, on a trouvé un fémur – préservé aujourd’hui dans le mémorial du village comme une relique- qui avait été réparé à la suite d’une fracture avant le génocide de 1994. Un médecin avait pris soin d’un corps souffrant, avait permis à ce blessé de se tenir debout, de remarcher parmi les êtres humains. Les génocidaires, eux, ont tué sans discrimination.
De même les fosses d’exécution à l’est de l’Europe montrent que les nazis ont trouvé toutes sortes de méthodes pour « organiser » les victimes juives des fusillades massives, euphémisme pour réification : le plus « propre » : les pousser à s’allonger sur les morts dans les fosses pour être fusillés, comme pour s’éviter d’arranger après exécution le bois de ces stücken, (pièces de bois). Les nazi ont même exterminé les exterminés, avec la destruction massive des corps sur des bûchers géants, à Treblinka ou Sobibor en particulier. Pour arriver à réduire les résidus d’os, des machines agricoles destinées à égrener les céréales ont été utilisées : des travailleurs forcés juifs les activaient, avant d’être liquidés à leur tour.
Autre temps, autre monde, celui des Khmers rouges en 1975 : « Le témoin Meas Peng Kry explique que, dans un premier temps, il est venu à Cheung Ek livrer du bois destiné à la construction d’une cabane : il transportait le bois, déchargeait puis repartait. Ensuite, cela s’est passé de la même façon avec les prisonniers. »
L’animalisation, la réification, amènent au « c’est eux ou nous » et on en vient même à inventer de la différence là où il n’y en a pas. Le corps de « l’ennemi » à détester, à mettre à l’écart puis exterminer est re-fabriqué dans la cruauté des tortures. Ainsi, lors du génocide des Tutsi, on montre à des enfants Hutu le cœur d’une Tutsi éviscérée pour qu’ils se rendent compte de la différence avec le leur .
C’est là que les viols systématiques trouvent toute leur place, « souillure et crime continus » selon l’anthropologue Véronique Nahum-Grappe ; les violences sexuelles sont un marqueur très fort, un instrument du génocide et une « performance de la propagande » dont Pauline Nyiramasuhuko, ministre génocidaire de la Famille et de la Promotion féminine au Rwanda s’est fait la chantre : « Après les avoir violées, qu’ils les tuent. En plus, ce sont ces femmes tutsi qui volent nos maris. Aucune d’entre elles ne doit survivre . » Les femmes « ennemies de l’intérieur » par excellence, ont une mentalité de prostituées et d’enjoleuses ; pire, elles donnent naissance aux enfants : qu’on les détruise pour mettre fin à toute filiation et toute vie future du peuple cible. En Bosnie, encore plus au Rwanda, les porteurs de sida sont devenus armes du génocide.
Pourtant, c’est seulement dans les années 1990, au moment où les Nations-Unies reconnaissaient comme génocide le massacre des Bosniaques de Srebrenica et celui des Tutsi du Rwanda que le viol devenait au même moment, crime contre l’humanité au TPIY et crime de génocide au TPIR. Pourquoi les viols ont-ils été oubliés ou minorés si longtemps? Il est évidemment plus facile de comptabiliser les mort.es que les violé.es, surtout quand l’un a succédé à l’autre. Sans compter la honte toujours vive, la culpabilité des survivant.es, d’où le silence. Mentionner le viol d’un.e mort.e, n’est-ce pas une forme de profanation ? Et comment parler de viol face à la destruction de toute une nation? La minoration des femmes dans l’histoire, les principales victimes de viol et de tortures sexuelles, explique aussi ce long déni .
Effet de miroir et racisme apocalyptique
En 1918, des Turcs n’hésitent pas à dénoncer la barbarie… des Arméniens : « On frémit devant les tableaux des atrocités commises pas eux (…) Ils ont tué tous ceux qu'ils ont rencontrés, ils ont brûlé les villages, abattu les animaux. (…) Les organisations arméniennes appliquent systématiquement leur plan d'anéantissement de la race turque. (…) »
En un effet de miroir bien typique des assassins de masse, les Turcs attribuent leurs propres infamies à leurs victimes, et prétendent se défendre de ces « criminels civilisés », oxymore qui les définit parfaitement eux-mêmes.
On voit bien à quel point la haine des Turcs contre les Arméniens a désormais dépassé la rhétorique des buts de guerre, définitivement happée dans un racisme apocalyptique que Philippe Burrin a particulièrement bien énoncé à propos des Nazis et des Juifs et que l’on peut transposer pour tous les génocides : « les Nazis (/Turcs/Hutu…) feraient tout pour que les Juifs (/Arméniens/Tutsi…) ne sortent pas vainqueurs de cette confrontation ». Conviction négationniste terrifiante des bourreaux qui se pensent eux-mêmes en victimes.
Himmler à Poznam, discours paradigmatiques des 4 et 6 octobre 1943 : « Que fait-on des femmes et des enfants ? ». [...] Je ne me sentais en effet pas le droit d'exterminer les hommes - dites si vous le voulez les tuer ou les faire tuer - et de laisser grandir les enfants qui se vengeraient sur nos enfants et nos descendants. » Les tueurs ont la certitude d’accomplir leur devoir civique et d’agir en légitime défense. Se laisser aller à la pitié mettrait en danger leur pays, leur famille, les leurs, d’ailleurs n’ont-ils pas tant à venger ? Eux qui se vengent de la vie même de ces ennemis qu’ils ont créés et façonnés à l’image de ce qu’ils sont osent parler de leur vengeance future .
Les Khmers Rouges furent peut-être les meilleurs représentants de cette idéologie criminelle, par leur logorrhée, leur attention à tous les détails de ce qu’ils appelaient le devoir de ne pas « laisser vivre » de la façon la plus cruelle possible. Anne-Laure Porée a en particulier traduit Le cahier noir, méthode pour les tortureurs :
« 4- Problèmes concernant les actes de torture
a. Il est demandé que l’acte de torture conduise à obtenir des réponses, on ne le fait pas pour le plaisir. Ainsi il faut faire en sorte qu’il souffre pour le pousser à répondre.
Il est demandé autre chose. Il faut le casser pour qu’il ait peur et soit terrorisé. On ne le fait pas par une haine individuelle destinée à calmer ses nerfs, on le frappe pour qu’il ait peur mais il ne faut absolument pas qu’il meure. Pendant la torture, il faut d’abord examiner son état de santé, il faut vérifier l’état des bâtons. N’ayez pas l’avidité d’aller trop vite ce qui conduit à la mort et par conséquent nous fait perdre la documentation et va à l’encontre de nos intérêts. »
Dès 1991, le gouvernement Hutu de Juvénal Habyarimana parle de « génocide contre les Hutus » à propos de la guerre menée par le FPR. Les Hutus sont bien le peuple menacé, d’où les massacres de Tutsi en 1992 : on attribue à l’adversaire ce que l’on prépare soi-même. Persuadés que les Hutus sont provoqués, listés, chassés, les génocidaires s’organisent pour se « défendre », « s’armer », d’où dès alors la création des milices interahamwe, escadrons de la mort. Ce qui permettra au nouveau président du Rwanda Théodore Sindikubwabo de déclarer en plein génocide des Tutsi en avril 1994 à Butare : « Les bons travailleurs prêts à servir le pays ne manquent pas. Les traitres qui veulent nous exterminer vous les connaissez mieux que moi. » Peu à peu le FPR avance et met fin au génocide en passant par le nord du pays mais les génocidaires Hutu font le choix de tuer les Tutsi plutôt que de se battre sur le terrain : le génocide passe avant de gagner la guerre. Hitler, de même, avait exigé que l’on répare les rails vers Auschwitz-Birkenau bombardés plutôt que d’autres qui eussent pu être plus utiles aux transports de combattants ou de munitions.
L’effet de miroir donne aussi naissance à certaines formes de négationnisme, comme le fait bien comprendre une réfugiée du Hutu Power qui accuse le FPR de crimes devant les caméras de L’ECPA : « Je pense qu’ils ont soif du sang. Je ne sais pas pourquoi ils massacrent beaucoup de gens. Ils disent que tous ceux qui n’ont pas adhéré au FPR doivent disparaître. Les Hutu n’ont pas adhéré au FPR alors ils sont restés dans le pays, ce sont eux qui ont été le plus visés. » Cette femme a parfaitement intégré la propagande d’avant 1994 et donne sa version des faits : des Tutsi, traîtres animalisés venus de l’étranger, ont trouvé dans les Tutsi de l’intérieur du pays des comparses cruels pour exterminer les Hutus. Conviction terrifiante des bourreaux qui se pensent eux-mêmes en victimes. Bientôt naitrait une thèse tout aussi négationniste mais plus crédible devant la mort de près d’un million de Tutsi, celle du « double génocide », les massacres des Hutu dans les camps de réfugiés au Congo auraient succédé aux massacres dans le pays. Trente ans plus tard, les horreurs du Nord Kivu en portent encore les traces.
Raphaël Lemkin a nommé, désigné, il s’est heurté parfois à la rigueur du droit et à l’instrumentalisation des politiques. Et pourtant, le génocide, dès la convention de 1948 permet de mettre enfin les victimes et le droit sur le même plan : souffrances sans fin, crime imprescriptible.
La psychologie intéressant particulièrement Lemkin, il cherchait à définir les interrelations entre le groupe des victimes, celui des « génocidistes » ou « génocidaires » et celui du monde extérieur. Raul Hilberg connaissait-il son manuscrit – on a peine à le croire- quand il créa ses trois catégories pour l’étude de la Shoah, Victims, Perpetrators, Bystanders, dont l’acception en anglais –ceux qui se trouvent là, et bientôt voisin, après Jan Gross, - réfléchit mieux la réalité que le « témoin » de la traduction française? Le legs le plus durable de lemkin est sans doute son insistance sur les ravages culturels et psychologiques infinis d’un génocide. Il a anticipé ce que Marianne Hirsch a appelé post-mémoire : « Les pertes de guerre peuvent être réparées, les pertes d’un génocide sont irréparables. (…) L’impact psychologique du génocide sur le groupe des victimes est énorme. (…) Il est encore plus important sur le groupe que sur les individus parce que tout individu fait passer ce qu’il ressent aux membres de son groupe.Toute mise en commun des émotions représente bien plus que leur somme mathématique, elle crée l’essence même de l’émotion. À cela On doit ajouter l’incommensurabilité de la douleur, du chagrin, la perception de l’injustice, et par-dessus tout, l’impossibilité de ramener à la vie ceux qui sont morts. Ce chagrin collectif est héréditaire, il ne passe pas seulement de parents à enfants, il se prolonge dans les futures générations par les chants, la littérature, la musique. » Lemkin insiste aussi sur la « honte », la « culpabilité » d’avoir survécu, « souvent le seul de sa famille ou de son groupe d’amis».
Mais des perpétrateurs, sous quelque forme que ce soit, prospèrent toujours. Bien plus, aujourd’hui, ce sont les mêmes mots qui sont utilisés en accusation et en justification d’agression, par les Russes contre les Ukrainiens par exemple. Ces mots sortis de leur contexte offrent toutes les inventions, négations et distorsions aux complotistes de toutes obédiences qui veulent donner un cadre à leurs politiques, à leurs guerres, à leurs agressions, à leurs génocides. Puissent les réflexions de tous les « êtres de bonne volonté » retrouver la vérité. Mais comme le disait Marc Bloch : « Tout se passe comme si la plupart des hommes circulaient les yeux à demi fermés au milieu d’un monde extérieur qu’ils dédaignent de regarder.
Le Chambon-sur-Lignon, 11 août 2026
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Victor Klemperer, LTI. La langue du IIIe Reich. Carnets d’un philologue, « Extraits du journal de la première année », Paris, Pocket, coll. Agora, 2003.
Albert Camus, « Sur une philosophie de l'expression » 1944, Oeuvres complètes, La Pléiade, Gallimard, Volume1.
24 août 1941. Si les Britanniques, ayant décodé Enigma, avaient connaissance des meurtres de masse, Churchill ne parle pas ici spécifiquement des Juifs.
Première publication du mot en décembre 1943 aux États-Unis, dans la préface du livre de Lemkin, Axis Rule in Occupied Europe. Laws of Occupation, Analysis of Goverment, Proposal for Redress, Washington, Carnegie Endowment for International Peace, Department of International law, Concord (N.H.), The Rumford Press. Le chapitre ix s’intitule « Génocide ». Annette Becker, Messagers du désastre, Raphaël Lemkin, Jan Karski et les génocides, Fayard, 2018. Messengers of Disaster, Raphaël Lemkin, Jan Karski and Twentieth-Century Genocides, The University of Wisconsin Press, 2021.
Annette Becker, « L’extermination des Arméniens, entre dénonciation, indifférence et oubli, de 1915 aux années vingt », Revue d’histoire de la Shoah, 2003, et « Raphael Lemkin, l’extermination des Arméniens et l’invention du mot génocide », in Conseil scientifique international pour l’étude du génocide des Arméniens (dir.), Le génocide des Arméniens, Paris, Armand Colin, 2015.
Les crimes de guerre, crimes contre la paix, et le nouveau concept juridique de crimes contre l’humanité ont été seuls retenus. Le terme de génocide apparaît toutefois sporadiquement dans les actes d’accusation dans la rubrique 3 consacrée aux crimes de guerre.
Recension de Lemkin, pour Les Mémoires de Mgr Jean Naslian (en français), Beyrouth,Imprimerie Mechitariste, 1955, 2 vol.. Archives Lemkin, Cleveland.
Haratch, n° 208, dimanche 9 décembre 1945, publié dans Chavarche Missakian, Face à l’innommable, avril 1915, Marseille, Parenthèses, 2015.
Chavarche Missakian, « La Grande crise », extraits de lettres d’août 1915, traduits et présentés par Krikor Beledian, Europe, janvier-février 2016, dossier « Témoigner en littérature .»
Exemple, l’acharnement spécifique contre les synagogues, « souillures » ou « repaires de voleurs » d’après Julius Streicher, directeur du journal nazi Der Stürmer (L’Attaquant)
George Orwell, « Looking back on the Spanish War », repris en français dans Essais, articles, lettres, vol. II, Paris, Éditions Ivrea, 1996.
Heinrich Himmler, Discours secrets, traduit de l’allemand par Marie-Martine Husson, édité par Agnès F. Peterson et Bradley Smith, Paris, Gallimard, 1978. Pour la notion de « virus » ou « bacille », voir plus bas.
Jan Karski, Mon témoignagedevant le monde, Paris, Points, 2011 (1re édition, Paris, Éditions S.E.L.F., 1948).
Vladimir Jankélévitch, L’imprescriptible : Pardonner ? Dans l’honneur et la dignité, Paris, Seuil, 1986.
Marc Bloch, Revue de synthèse historique, 1921.
Christophe Prochasson et Anne Rasmussen (dir.), Vrai et faux dans la Grande Guerre, Paris, La Découverte, 2004. Annette Becker, Voir la Grande Guerre, un autre récit, Paris, Armand Colin, 2014.
Florent Brayard et Andreas Wirsching (dir.), Historiciser le mal. Une édition critique de Mein Kampf, Paris, Fayard, 2021.
Sur le rejeu des fausses et vraies atrocités de la Première Guerre mondiale dans la négation du génocide des Juifs à partir de 1941, Annette Becker, Messagers du désastre, op.cit.
Victor Klemperer, LTI. op.cit.
Taner Akçam, Ordres de Tuer. Arménie 1915. Les télégrammes de Talaat Pacha et le génocide des Arméniens, préface d’Annette Becker, Paris,CNRS Éditions, 2020.
Cité dans la remarquable thèse de doctorat d’Anne-Laure Porée : Cultiver, trier, anéantir à S-21. La mort comme travail sur les territoires du santebal (Cambodge 1975-1979), Deux volumes dactylographiés, EHESS, 2023.
Anne Rasmussen, « Savoirs, fictions, croyances : la guerre est-elle crédible ? », dans Collectif, La Grande Guerre dans tous les sens, Paris, Centre international de recherche de l’Historial de la Grande Guerre et Odile Jacob, 2021.
Document turc envoyé au pape Benoît XV Archives du Vatican, ASV, Guerra 14-18. 244, fasc. 110. Anonyme, Vérité sur le mouvement révolutionnaire arménien et les mesures gouvernementales 1916 Constantinople, 15 pages.
Himmler, discours des 24-4 et 6-10 1943, op.cit.
Annette Becker, « Du philosémitisme d’Union sacrée à l’antisémitisme ordinaire : l’effet de la Grande Guerre », dans ANTISEmythes. L’image des juifs entre culture et politique (1848-1939) (dir. Marie-Anne Matard-Bonucci), Nouveau-Monde Editions, 2005.
Patrick Chapatte, « Ottoman Empire 2015 », The International New York Times, 16 avril 2015, centenaire du début du génocide des Arméniens.
Cité par Philip Gourevitch, We Wish to Inform you that Tomorrow we will be Killed with our Families, Stories from Rwanda, Picador, 1998. p. 95.
Anne-Laure Porée, op.cit.
Hélène Dumas, Le génocide au village, Seuil, 2014.
Véronique Nahum-Grappe, « Le viol : un crime spécifique. Quelques pistes de réflexions issues de l’anthropologie », Revue Hypermédia, Histoire de la Justice, des crimes et des peines, 2024. https://doi.org/10.4000/11n94
Pauline Nyiramasuhuko, TPIR, ICTR-98-42-T, Compte rendu d’audience du 17 mars 2004 citée par
Juliette Bour, « Le viol comme politique génocide, Le cas Pauline Nyiramasuhuko », dossier « le génocide des Tutsi rwandais et son après-coup » Historiens et Géographes, n°457, avril 2022.
Les artistes militants Judy Chicago et Donald Woodman, en peignant en 1970 une toile de leur The Holocaust Project, représentant un viol de femmes dans une baraque du camp de Buchenwald l’ont montré : si la photo dont le tableau est inspiré est bien connue car Elie Wiesel, transféré d’Auschwitz lors des marches de la mort s’y trouve, jamais aucun viol n’a été représenté, d’où le titre « Double jeopardy », « double péril ». J.Bourne « Rape in the Art of War » in J. Bourne (dir.) A Visual History of Modern Conflict, Reaktion Books, Londres, 2017.
Hilal, Journal turc en langue française, 14 mars 1918.
Philippe Burrin, Ressentiment et Apocalypse, Essai sur l’antisémitisme nazi, Seuil, 2004..
Il est d’ailleurs intéressant de voir, que ceux qui se vengent sont plutôt les bourreaux après leur peine, ainsi les génocidaires sortant de prison au Rwanda et allant assassiner leurs anciennes victimes survivantes. Il y a malheureusement peu de travaux sur ce sujet. Quelques pistes dans Henry Rousso, « de la vengeance des victimes » Sensibilités, Histoire, critique et sciences sociales, anamosa, 2021.
Anne-Laure Porée, op.cit.
Filmée dans le camp de réfugiés de Kirambo fin juin 1994. Annette Becker, « On ne voit rien, on voit tout. Les films de l’ECPA et le génocide des Tutsi du Rwanda, juin-juillet 1994 », dossier « le génocide des Tutsi rwandais et son après-coup » Historiens et Géographes, op.cit.
Expression entrée dans la langue française avec le génocide des Tutsi du Rwanda en 1994.
Lemkin, Perpetuation of the Psychological Scar, pages tapuscrites des années cinquante, NYPL.
Bloch, op.cit.