Les Mémoires d’Eugénie dite Génie Schloss (1928-2013), le troisième épisode

Après « De Roanne au Chambon-sur-Lignon » et « Difficile Libération », voici « Vers Israël », le troisième et dernier épisode des Mémoires d’Eugénie dite Génie confiées par son fils Dani Bitter.

 

MÉMOIRES de GÉnie

fille de Mayer Chil Schloss et de RoUJA (ROse) Rappaport

(Roanne, Le Chambon-sur-Lignon, ISRAËL)

 

3. Vers Israël

 

E

 

n 1946, le Livre Blanc – décret voté en 1939 par les Anglais et qui limitait l’immigration à 1000-1500 personnes par mois – était toujours en vigueur. 

Le Mossad (services secrets israéliens) battait le rappel des rescapés juifs qui ne savaient pas où aller. Considérant que rien n’empêcherait les Anglais de maintenir leur interdiction quasi totale d’immigration, il dirigeait les rescapés vers le Midi de la France où des camps de transit furent créés près de petits ports français.

C’est donc près de Salon-de-Provence que j’arrivai. Juste avant, début décembre 1946, mes parents s’étaient déplacés jusqu’à Marseille avec ma sœur Liliane, mon départ étant prévu pour le courant du mois. La séparation fut un peu dramatique, mes parents me laissèrent dans un petit hôtel marseillais. Nous étions tous en larmes et je ne pouvais pas prévoir que je ne reverrais pas mon père vivant.

Fin décembre, arrivée à 15 km de Salon-de-Provence je fus prise en charge par des « Chli’him », des envoyés d’Israël. Ils s’occupaient de toute la gestion des camps et de la logistique. Ils formèrent également des groupes en fonction des mouvements politiques et des âges. C’est ainsi que je rencontrai pour la première fois David qui, lui, venait d’une Ha’hchara (ferme de préparation à la vie kibboutzique). Nous avions tout notre temps pour faire connaissance : nous étions motivés par le même idéal et nous étions si jeunes – 18 ans.

J’étais très attirée par David. Il était beau garçon, attentionné, mais triste. Nous partions dans de grandes discussions concernant l’avenir d’Israël, et déjà à cette époque nos avis étaient contradictoires. David en pinçait aussi pour moi et me faisait des scènes de jalousie : sans penser à mal, j’étais copine avec les chli’him à qui j’avais appris de vieilles chansons françaises comme « la surveille de mes noces » (en 1986 je rencontrerai au kibboutz Kfar Hanassi Ephraïm qui, en me voyant, entonna « la surveille de mes noces »…). Le fait de voir David si taciturne me donnait envie de lui changer les idées, de lui faire entrevoir un avenir tout beau, tout souriant – et ça marchait bien sûr… en tout bien tout honneur. Souvent, moi qui aime les chansons, je lui demandais : « Petit brun, chante-moi une chanson ! », et il s’exécutait. Et c’est ainsi que se déroulait notre vie, avec des discussions enflammées dans notre groupe de français-anglais HABONIM. Nous étions tout feu tout flammes et attendions avec une impatience non dissimulée notre future intégration au sein d’un kibboutz, que nous idéalisions, bien sûr.

Dans cette sorte de château où nous logions vivaient aussi de bons paysans français, et j’ai encore dans les oreilles les cris stridents du cochon qu’on égorgeait.

Le 18 Janvier 1947 au matin, 647 personnes s’entassent dans les autobus. Parmi eux, ces Juifs rescapés des camps de la mort dont personne ne veut. Nous montons à bord d’un raffiot, « le Marica », rebaptisé dès le départ « LANEGEV ». Il faut dire que les chli’him étaient tous jeunes (25-30 ans), n’avaient aucune expérience et se faisaient rouler par les armateurs. Et les vieux bateaux du Mossad, rafistolés tant bien que mal, chargés à ras-bord de réfugiés, appareillaient bravement à destination d’Israël. Nous étions, nous les 647 passagers, supposés être des régimes de bananes... Des planches avaient été installées des deux côtés du bateau avec un intervalle de 60 cm à peu près d’une planche à l’autre et d’étroits couloirs avaient été prévus. La seule position que nous avions adoptée était la position couchée, la tête vers les couloirs pour bénéficier d’un peu d’air.

L’embarquement terminé tant bien que mal, nous avons quitté le port de Sète. Je cite les minutes du compte-rendu de la traversée établi par le Mossad et qui m’a été remis en 1986 par le Chalia’h responsable : « Au cours des premières heures, la mer était calme. Le soir a eu lieu le premier incident, la pompe a cessé de fonctionner et la pompe de réserve s’est également bouchée. La chambre des machines a commencé à prendre l’eau et pendant quelques heures nous avons dû, avec une pompe manuelle et des seaux, pomper l’eau jusqu’à la réparation de la pompe ».

Donc dès la première nuit nous avons failli couler. La traversée s’annonçait mal. Le petit bâtiment roulait et tanguait lamentablement, et nous qui étions dans les cales bondées, dépourvues de ventilation, étions livides et pris de vomissements.

La nourriture se composait d’une espèce de bouillie épaisse, de lard, de boîtes de corned- beef, de biscuits durs comme du bois et d’un peu d’eau.

Des seaux contenaient la bouillie et celle-ci était distribuée dans les couloirs. Le jour où j’ai vu quelqu’un vomir dans le seau et que l’on continuait à distribuer cette bouillie, je n’y ai plus touché.

Ma nourriture se composait d’un peu de lard, d’un peu d’eau qui sentait le pétrole et de quelques rondelles de citron. Je tombais donc souvent dans les pommes, et David raconte qu’il me ranimait souvent avec l’alcool qu’il avait emporté.

Les vivres commencèrent à manquer. Elles étaient prévues pour 600 et nous étions 647 !

Le 25 Janvier, les responsables ont donné 100 dollars à trois marins pour acheter des provisions. Nous étions au Nord de la Sicile, les trois marins se sont enfuis avec l’argent et ne sont pas revenus.

Le 27 Janvier nous sommes arrivés au Sud de Messine pour acheter des vivres. Après de nombreuses journées de turbulences et de changements de cap, nous sommes arrivés à ‘Haïfa le 6 Février 1947. C’était le jour des rois. Toutes lumières éteintes nous sommes tous montés sur le pont et avons aperçu le phare du Carmel. Des projecteurs nous ont éclairés et nous avons vu deux destroyers anglais qui nous entouraient.

Par le haut-parleur du navire de guerre, une voix puissante nous interpella : « Vous êtes dans les eaux territoriales de la Palestine. Nous allons monter à bord ». D’abord les marins anglais ont essayé, sans succès.

Nous les femmes sommes descendues dans les cales, les hommes restant sur le pont. Les deux navires de guerre nous ont coincés. Des fusiliers marins équipés d’armes individuelles et de masques à gaz sautèrent à bord. Nos hommes essayèrent d’empêcher l’assaut en leur balançant sur la tête toutes les boîtes de conserve qui nous restaient. Brandissant des matraques et des bâtons un second commando s’élança, protégé par un barrage de gaz lacrymogènes. Nous essayâmes de les faire dégringoler jusqu’à ce qu’un de nos garçons, touché au pied par une balle, tombe sur une porte en fer et trouve la mort.

Nous arrêtâmes alors toute résistance, et les Anglais devinrent maîtres du pont. Nous entonnâmes l’hymne national, la Hatikva, et les bateaux anglais nous escortèrent jusqu'au port de Haïfa. A ce moment-là nous haïssions les Anglais, nous les tenions pour responsables de tout ce qui arrivait aux Juifs.

Au moment même où des dizaines de milliers de Juifs d’Europe cherchaient désespérément un pays d’accueil, les Anglais fermaient les frontières de la Palestine. Les Juifs, par l’intermédiaire de la Haganah, ripostèrent en recourant au seul moyen d’action qui leur restait : l’Alyah Beth, l’immigration illégale. L’ampleur que prit l’Alyah Beh ne put qu’interpeller l’opinion publique internationale.

Au moment où les Anglais prennent possession de LANEGEV, les immigrants sont traînés de force dans un bateau prison-hôpital en direction de Chypre. Pour ma part, tête de cochon que j’étais, ce ne fut pas si facile de me déloger.

Après la guerre la mode était aux vêtements amples. La « mémé du marché » avait cousu dans mon large manteau toute une garde-robe de première nécessité. Quand les soldats anglais ont commencé à évacuer notre bateau je me suis couverte de ce manteau et me suis cachée sous une planche. Les Anglais munis de torches m’ont découverte, assommée d’un coup de matraque et transportée dans le bateau-hôpital où je me suis réveillée.

Nous avions pour consigne de faire la grève de la fin et moi, déjà affaiblie, je supportais mal la grève, et fus autorisée à me nourrir un peu.

Dans un premier temps nous fûmes débarqués et conduits au camp d’été 63 à Famagusta.  Nous sommes tombés dans les bras de Ruth et Jacques qui s’y trouvaient déjà avec le groupe Habonim anglais. Nous avons cherché à récupérer nos sacs et n’avons pas pu les retrouver. Nous étions donc démunis de tout. Pour moi, j’avais la chance d’avoir encore mon manteau. La première nuit après notre arrivée David et moi nous nous sommes baladés pour reconnaître les lieux. Les tentes s’alignaient en sections. Chaque section était entourée d’une clôture de barbelés haute de 3 à 4 mètres. Aux angles se dressaient des miradors et sur les plates-formes près de projecteurs se tenaient des soldats armés de mitraillettes.

Imaginez ce qui pouvait se passer dans la tête des rescapés de camps de concentration, se retrouvant de nouveau enfermés. Nous sommes restés dans ce camp d’été quelques jours. Le camp étant trop plein, les Anglais avaient été obligés de construire un autre camp, le camp d’hiver 55, près de Famagusta. Là, au lieu des tentes du camp d’été à double toit afin d’isoler de la chaleur, nous avons été logés dans des baraques de tôle ondulée. Il y faisait très chaud. Le camp était divisé en sections.

Les internés s’étaient groupés par nationalités : ashkénazes, marocains, par affinités. Il y avait un mélange hétéroclite d’hommes, de femmes et d’enfants, d’orthodoxes, de socialistes ou simplement de laïques. A moi on alloua une « case » avec une copine polonaise, Halina Tanenbaum, Je ne parlais guère le polonais. Le français était pour elle inaccessible et nous avions adopté l’anglais comme langue commune. 

David et moi nous nous sommes joints au garin anglais. Nous le devions à Israël Avigdor. En effet il s’était amouraché d’une anglaise, Rachel, et également de son garin Habonim anglais. Nous faisions donc partie de ce groupe et avions des activités ensemble : réunions, discussions, et nous cuisinions ensemble (la bouffe anglaise… quel régal ! surtout  quand il y a peu de choses à manger !). Je me souviens notamment de pommes de terre en boîte : malgré la faim nous ne pouvions les avaler, nous faisions exploser les boîtes de conserve et comme nous étions tous jeunes on se marrait comme des baleines. Quand nous étions de corvée de vaisselle ce n’était pas drôle, nous étions sales comme des ramoneurs, l’eau était rationnée, et pas de vêtements de rechange – moi j’avais les vêtements cousus dans le manteau mais David, lui, n’avait rien. 

Les Anglais nous avaient distribué des sacs en toile pour en faire des paillasses. Comme j’étais amoureuse, avec l’aide d’une copine j’ai taillé un costard à David. J’ai même tout cousu à la main, avec mon talent absolument nul de couturière. Et avec mon propre sac je lui ai en confectionné un autre pour qu’il puisse se changer. Il est vrai qu’à ce moment-là nos rencontres étaient fréquentes, elles avaient toujours l’air d’être dues au hasard. Mais nous venions d’arriver, nous étions en février, le camp était boueux, il pleuvait des cordes et nous avions le temps. 

La vie dans un camp est triste et monotone. Les Anglais étaient responsables du manque de nourriture et de médicaments ainsi que de l’insuffisance des installations sanitaires. Derrière nos baraques en tôle se trouvaient des latrines. Quelques-unes étaient truquées et des prisonniers avaient creusé des trous qui donnaient accès à des tunnels qui aboutissaient derrière le camp, mais insuffisants pour permettre une évasion massive.

Beaucoup de rumeurs circulaient. Néanmoins les Anglais permettaient de temps en temps à quelques chli’him venus de Palestine de nous préparer en vue de l’Alyah et de nous tenir au courant de la lutte qu’avaient engagée les dirigeants du Yshouv pour l’abrogation du Mandat Britannique. Toutes ces nouvelles nous tenaient en haleine. 

Les bateaux remplis d’immigrants tentaient de forcer le blocus britannique et arrivaient à Chypre. C’est ainsi qu’au mois d’avril arrivèrent Sarah et Moshé Hershfinkel. Pour ma part ce fut une bénédiction. J’avais de la famille proche, des gens absolument adorables, religieux, modérés et très attentionnés à ma petite personne.

Le 29 juillet 1947 eut lieu la ‘HOUPPA entre David Bitter et Eugénie Szlos, en présence de la famille et de tous les amis du Garin. Ma robe avait été confectionnée par les copines, tous les vêtements de David, jusqu’aux chaussures, avaient été empruntés. Une petite collation fut servie. Mes parents, oncles et tantes, que j’avais mis au courant, m’ont tous envoyé des télégrammes que j’ai conservés jusqu’aujourd’hui. David, lui, n’avait pas prévenu sa famille. Et c’est ainsi que nous avons emménagé dans une case où nous filions le paraît amour.

L’Alyah illégale continuait, et nous devenions de plus en plus nombreux à Chypre. Les journaux et les actualités des cinémas rapportaient au monde les conditions déplorables dans lesquelles nous vivions et, surtout, mettaient l’accent sur la misère morale des rescapés.

L’ONU dépêcha une commission d’enquête en Palestine au cours du troisième trimestre 1947. Cette commission avait vu les magnifiques réalisations sionistes et avait constaté la mauvaise volonté et la haine des Arabes. Aucune hypocrisie n’était possible : les Nations Unies devaient recommander la création d’un État juif en Palestine. Restait à savoir dans quelle mesure les divers membres de l’organisation allaient résister aux menaces à peine déguisées des pays arabes.

Nous vivions à Chypre des moments d’impatience et d’exaltation. Toutes les rumeurs couraient : pourra-t-on persuader suffisamment de pays ? Enfin, le 20 novembre 1947, alors que nous n’étions même pas en possession de postes de radio, nous avons appris tout de même que la résolution de l’ONU avait été adoptée, le mandat britannique abrogé et la partition de la Palestine en un Etat Juif et un Etat Arabe décidée.

Tout le camp dansait de joie, à la barbe des Anglais qui se tenaient tranquilles dans leurs miradors. Nous ne savions pas alors que tous les problèmes que nous avons connus depuis venaient de débuter.

Dans le manteau où ma grand-mère avait cousu des vêtements, il y avait également des pièces d’or dans les épaulettes, et elles nous ont bien servi par la suite. J’étais enceinte, je ne mangeais pas grand-chose. Des ouvriers turcs venaient travailler tous les jours au camp et moyennant finances ils nous ramenaient quelques victuailles.C’est ainsi que David me forçait à avaler du lait sucré Nestlé que je détestais.

L’accouchement était prévu pour fin mars 48. Je commençais à m’arrondir et les copines m’avaient fabriqué une robe de grossesse avec des vêtements provenant du Joint. Sarah Ben Moshé m’avait fait parvenir également un petit colis. A part ça, aucun rapport avec l’extérieur. Nous commencions à trouver le temps long. J’avais une frousse bleue que mon bébé naisse à Chypre.

Je correspondais régulièrement avec mon père, mais beaucoup de lettres se perdaient. Le 6 décembre 1947, à Roanne, mon père décéda – décès que tout le monde me cacha. 

Enfin, le 26 janvier 1948, après tant de privations de libertés et un an d’attente, le départ de Chypre fut fixé. Tout notre Garin arriva à ‘Haïfa le 27 janvier 1948, muni de certificats d’immigration délivrés conformément au décret de 1941. Après le débarquement, pour valider notre entrée en Palestine, les Anglais nous emmènent au camp de transit d’Atlit où nous fûmes copieusement arrosés de DDT. Comme nous avions un point de chute, des autobus blindés avec des soldats en armes nous amènent à ‘Hadéra dix jours après notre arrivée. Nous y retrouvâmes les gens avec qui nous avions décidé de vivre. 

La garde était obligatoire, on sentait la tension monter de tous côtés. Chez nous, au kibboutz, on commençait à s’armer au cas où. Israël Avigdor, qui avait été nommé « Ministre de la Défense » du kibboutz, et qui était mon ami, n’avait rien trouvé de mieux que de planquer les cocktail Molotov sous mon lit. Les Anglais ne chercheraient pas sous le lit d’une femme enceinte.

Le 18 février 1948, dans la nuit, je commençai à avoir des contractions. J’étais au tout début du neuvième mois et je n’avais pas encore eu de bébé, tant et si bien que c’est à trois heures du matin seulement que je partis pour l’hôpital de ‘Hadéra. Par quel moyen de locomotion, je ne me souviens pas, par contre je me rappelle très bien avoir été effrayée par les cris des chacals et des coyotes qui m’accompagnaient.

Le 19 février à 15 heures naissait pour moi le plus beau bébé du monde. Chacun des parents était âgé de 19 ans. Quelques heures après l’accouchement, l’idée s’est faite dans mon esprit que mon père était mort, et quelques jours après mon retour Jacques et David m’apprirent l’amère nouvelle. J’étais très attachée à mon père, nous discutions politique tous les deux, nous étions grands amateurs de chocolat l’un et l’autre, nous aimions chanter ensemble, et il n’avait que quarante-cinq ans à sa mort. Encore au jour d’aujourd’hui, il me manque.

Au kibboutz les enfants étaient séparés des parents, et j’allais allaiter Dani à la pouponnière. Un jour où j’étais de garde en haut de la tour d’eau, je souffris de vertiges et ne pus pas descendre. Les hurlements de faim de Dani alertèrent les ‘haverim qui vinrent me dégager de la tour. Je n’y suis pas retournée.

‘Hadéra n’était pas le lieu définitif pour l’installation du kibboutz. Nous avions une période d’initiation et la majorité des ‘Havérim travaillaient au-dehors. David était ouvrier agricole. Pour ma part je fus d’abord cuisinière pour les enfants, mais ma cuisine trop riche déplaisait aux ‘haverim anglais. J’ai lessivé ensuite les couches des bébés, j’ai éclairci les sillons de carottes, pour finir dans la blanchisserie. Nous lavions et repassions les vêtements militaires. Je travaillais surtout de nuit et c’est là que j’ai beaucoup amélioré mon anglais :  nous papotions beaucoup, et ce que je préférais c’était le break vers une heure du matin où nous pouvions nous empiffrer d’œufs au plat, de frites et de thé anglais.

Depuis le rejet par les Arabes de la résolution de partage de la Palestine votée par l’ONU en novembre 1947, nous vivions dans la peur d’attentats arabes lors du départ des Anglais. Nous commencions à nous organiser, les Arabes aussi, et il fallait se préparer à des attentats. Je me souviens que munis de haut-parleurs à bord de camionnettes les Juifs exhortaient les Arables à rester, qu’il ne leur serait fait aucun mal.

14 mai 1948, ce fut la fin du mandat britannique. Le lendemain, 15 mai 1948, eut lieu la déclaration de Ben Gourion, en ces termes : « Aujourd’hui nous proclamons solennellement la naissance de l’État juif en Palestine, État qui s’appellera Israël, ouvert aux Juifs du monde entier (la loi du retour). Nous faisons appel aux habitants arabes d’Israël pour les inviter à tenir leur place dans le développement de l’État en leur qualité de citoyens libres. »

Dans les rues de Tel-Aviv en liesse, jeunes et vieux dansaient la Hora. Pendant ce temps- là les bombardiers égyptiens décollaient pour nous détruire. Les troupes anglaises avaient quitté le pays. Les 600 000 Juifs vivant en Israël ne savaient pas qu’ils se retrouveraient le lendemain en face de cinq pays arabes : l’Egypte, le Liban, la Syrie, la Jordanie et l’Iraq, possédant des avions et des blindés. Les Juifs se sont battus à un contre cent.

Au kibboutz nous avions très peu d’armes, et je revois encore des tuyaux d’arrosage qu’on avait camouflés, dressés pour faire croire que nous étions en possession de tanks. Les ‘haverim se sont essayés au maniement des armes. Mais personnellement j’ai toujours eu peur.

 

FIN

 

  1. ^

    Jacques est le fils de Shloyme et Dora. Ruth est son épouse.

  2. ^

    Garin = Noyau : c’est le nom  donné aux groupes qui faisaient leur alyah.

  3. ^

    Mariage juif.